Thursday, May 2, 2013

Les chevaux souffrant à Equitana 2013 (Allemagne) III ème Partie

par Maksida Vogt

A peine quelques mètres plus loin, un autre cheval se débattait contre sa cavalière trop lourde, qui exerçait une forte tension sur les rênes:







Tour après tour, elle agissait en force sur l'animal, tirant fermement sur le mors métallique dans la bouche sensible, lui faisant exécuter de temps en temps des hyperflexions (rollkur), lui détruisant les glandes salivaires, causant des traumatismes sur les tissues mous du palais, blessant les muqueuses sensibles et les nerfs — mais ceci lui est probablement inconnu. Equipée de pied en cape, avec la bombe caractérisant la peur de cette machine de sport, sous son poids trop élevé, elle appuyait durement sur les  processus épineux des vertèbres du cheval, qui devaient probablement entrer en contact les uns avec les autres sous cette pression:









Ce cheval n'a vraiment pas de chance — ses naseaux sont dilatés tentants d'inspirer suffisamment d'air pour respirer, Ses yeux exprimant toutes ses sensations:



Puis elle devait aussi sauter. Pour prouver quoi exactement? Ce qu'on peut faire exécuter à un esclave sous la douleur?



















Dans le triste monde d'Equitana tout cela semblait normal.

Tuesday, April 30, 2013

Les chevaux souffrant à Equitana 2013 (Allemagne). II ème Partie

par Maksida Vogt

Plus le temps passe depuis Equitana plus je trouve qu'il est difficile d'y repenser et d'écrire à ce sujet. Il m'est douloureux de repenser à ces chevaux - particulièrement du fait que je partage le monde quotidien des miens, qui consiste en des jeux et à des moments agréables de liberté aux milieu des vastes prairies et que je suis devenue une partie de leur monde paisible. Le fait d'avoir vécu l'expérience du contraire total me fait encore plus prendre conscience de l'importance à retranscrire fidèlement ce que j'ai trouvé au salon du cheval d'Equitana, à propos de la douleur et de la souffrance des  chevaux. Si les personnes directement impliquées dans Equitana ne voient pas ou ne réalisent pas qu'il y a de la douleur et que les chevaux présents y ont souffert, alors je crois être totalement en droit de le souligner. De montrer tout ce qu'on leur a fait faire contre leur volonté. Je vais vous raconter deux histoires dans lesquelles nous laisseront principalement la parole aux images.

Il y avait ce cheval qui attendait d'entrer sur la carrière. Il essayait vainement de communiquer mais personne ne l'écoutait, je l'ai entendu et me suis retrouvée sans rien pouvoir faire à cet instant – mon action se concrétise maintenant – à montrer qu'il communiquait afin que les autres puissent réaliser à quoi ressemble son type de communication:





Deux membres d'Academia Liberti prirent les photos, ce cheval sentit naturellement que ces personnes le comprenaient et se tourna instinctivement vers elles en criant silencieusement sa douleur. Ses yeux expriment bien ce qui se passe en lui:









Nous ne pouvons pas venir en aide, dans ce monde - parmi ces gens pour  lesquels il est tout à fait normal de traiter les chevaux de la sorte. Il semble que personne, à part nous, n'entende son appel à l'aide, que personne ne s'intéresse à comprendre cet animal. Cet animal très intelligent, sensible et doux, conscient et réaliste…

Il est contrôlé par la douleur du mors, il n'a aucune chance de se défendre. Le cavalier couard sur son dos ne lui laisse aucune chance d'échapper à la douleur. Ceux qui sont effrayés par la puissance et le libre choix du cheval auront tous besoin de ces mors pour les asservir. Les visiteurs passaient devant le cheval, certains trouvaient même le moyen de sourire – aveugles et victimes de la désinformation officielle ils traversent le monde:















Alors le cheval tente de se défendre un peu plus, tente comme il le peut d'échapper à la douleur, tente de se battre pour pouvoir respirer. Sa douleur passe totalement inaperçue dans le triste monde d'Equitana:






Monday, April 29, 2013

Les chevaux souffrant à Equitana 2013 (Allemagne) I ère Partie

par Maksida Vogt

La toute première question qui me vient lors d'un tel événement est: quel amoureux des chevaux aurait envie de visiter un tel endroit, où les chevaux sont enfermés au milieu de la ville et doivent travailler pour les hommes? La réponse est très vite évidente: ceux qui veulent faire un reportage ou qui s'y rendent avec une mission particulière en tête. Les gens qui "présentent" les chevaux là-bas, dont on  ne peut pas dire qu'ils en soient les amis, puisqu'on ne pourrait jamais faire à un ami ce qu'on fait aux chevaux et que l'on considère comme normal à Equitana! Un ami ne pourrait jamais faire ce que nous avons systématiquement vu faire aux chevaux.

Les images qui nous ont été données de voir étaient tout sauf belles. Nous avons eu l'expérience de voir les yeux de chevaux effrayés, l'atmosphère pénible et des ignorants qui ont applaudi  à la douleur. Devions-nous attendre autre chose? Peut-être que nous avions espéré un peu plus d'humanité dans le traitement des chevaux, mais nous avons été déçus.

Immédiatement après notre arrivée, nous avons eu un avant-goût de ce qui nous attendait dans les couloirs. Des gens pratiquaient un tour avec leur équipe. Comment un meneur fait il pour tourner? Il tire (péniblement) sur les mors et le cheval est forcé de faire un virage serré. Les effets du mouvement non physiologique vont directement aux articulations et les muscles tendus, sans parler de la douleur dans la bouche du cheval. Les protections empêchent la circulation sanguine normale dans les jambes qu'elles sont censés protéger. Les chevaux sont ferrés, portant des œillères, des mors sévères - quel triste testament pour les personnes qui ont besoin de cet équipement douloureux. Si cela est vraiment une démonstration de compétence? Pour convaincre qui?






Les pauvres bêtes étaient l'écume à la bouche dans une tentative désespérée d'échapper à la douleur du mors, ils ne pouvaient même pas fermer leurs bouches. Pourtant, pour le cavalier tout semble être normal, acceptable. Le cavalier est maintenu dans l'ignorance et est entraîné à faire de la sorte.

Nous sommes toujours là et nous voyons une succession d'images horribles. Tout le salon formait un tableau de misère, aucune torture n'a été épargnée au chevaux. Leur poil est tondu, la thermorégulation de leur corps ne peut pas remplir sa fonction, et leur système immunitaire est donc affaibli. Il sont bandés, ferrés et portent même des cloches sur les antérieurs. Il est dit au cavalier inexpérimenté que les bandages servent à protéger le cheval, ainsi le cheval n'est pas blessé dans un saut lorsque ses postérieurs viennent frapper ses antérieurs. Personne ne mentionne que les bandes restreignent la circulation. Les cavaliers ne posent que rarement de questions. Par exemple, pourquoi est-il acceptable que je demande quelque chose d'anormal à un cheval, où que je mette volontairement le cheval dans une situation où il pourrait se blesser? La compréhension ne va pas jusque là chez ces cavaliers, leur ego et le désir de briller occultent les sentiments humains. Le mors douloureux ne peut manquer à la panoplie de matériel, si vous voulez la soumission de l'animal. Le  cheval a hésité à plusieurs reprises, à chaque fois la personne en charge a tiré un coup sec sur les rênes. De notre point de vue il n'y a que si vous n'avez pas les compétences que vous auriez besoin d'un mors. Autrement dit pas pour le cavalier confirmé ... nous ne voyons pas cela comme une belle vie pour le cheval ...





Dans la hall, une gamme complète de matériel sadomasochiste. Je doute que l'on devrait placer cette sorte de fétiche sur le cheval. Et puis si évident - oui, c'est Equitana - la honte du comportement humain. Un cheval avait été attaché dans un boxe depuis environ une heure. Après une heure, le propriétaire est venu avec un client, ils ont évalué le cheval et à gauche. Ils ont laissé le cheval comme ça. Il ne pouvait ni manger ni boire, ni se déplacer. Il a essayé de bouger un peu, mâchant son mors dur, triste et impuissant, bandé, ferré, asservi, humilié ...













Y a t-il des visiteurs qui se soient mis, pendant une seule minute, dans la situation de ce pauvre animal? Comment vous seriez-vous senti à rester là pendant des heures, terrifié, abandonné, dans la douleur? Portant constamment des oeillères qui vous privent de votre vue, tandis qu'un brouhaha permanent règne dans les halls? Tout en étant conscient ...

S'il y a des visiteurs qui ont fait ça, qui ont pensé à ressentir ce que cela pourrait être pour les chevaux alors ils ne reviendront pas à Equitana une deuxième fois.


Sunday, April 28, 2013

Chevaux sauvages dans la vallée des loups. Notes d'un photographe animalier

par Marc Lubetzki, www.marc-lubetzki.com

Enfin il est là — à seulement 30 mètres de moi se dresse le puissant étalon qui regarde au loin. Je voyage en Europe. Ce mois ci, l'expédition “Chevaux” m'a entraîné dans le nord du Portugal. Dans le Parc national de Peneda Gerez où vivent depuis plus de 40 000 ans des chevaux sauvages et des loups. Ces chevaux sont très réactifs, puisqu'ils vivent dans l'un des rares endroits d'Europe où ils ont toujours des prédateurs naturels. Chaque troupeau est mené par un étalon compétent. De même que pour l'étalon, chaque troupeau a besoin d'une jument dominante expérimentée. Ce duo — l'étalon et la jument dominante forment une équipe solide et se partagent les responsabilités. Ils ont un lien très spécial entre eux et une communication très raffiné.

Quand le troupeau est errant à travers les vallées, la jument dominante se déplace devant le troupeau, montrant la voie et l'étalon suit, à une courte distance derrière elle. Parfois, quand le troupeau prend une pause, ils se réunissent pour un court instant pour échanger un contact et de temps en temps, on peut entendre un hennissement silencieux.

Habituellement c'est l'étalon qui va signaler le moment de partir et la jument dominante qui va donner la direction. Beaucoup de subtilités de communication chez les chevaux sauvages passent inaperçues pour les humains. Les chevaux entendent bien mieux que les humains, ils peuvent percevoir des bruits jusqu'à 4 km. Il peuvent aussi entendre des fréquences que nous somme s incapables de détecter. Mais c'est la combinaison de tous les organes sensoriels qui leur permet de survivre en pleine nature. Sur une période de milliers d'années ils ont appris à reconnaître et se protéger du danger. Au seul odorat, les chevaux sauvages peuvent savoir si un prédateur ou un herbivore s'approche du troupeau. Un animal malade ou blessé va se mettre à proximité de l'étalon. Son rôle principal est de protéger le troupeau, et en cas de danger il le protégerait avec détermination. S'il ne perçoit pas de menace dans la situation, il ne dépensera aucune énergie et offrira sa sécurité par sa seule présence.

Les loups du parc national de Peneda n'oseraient jamais attaquer un cheval sous la protection d'un étalon. C'est pourquoi, dans cet endroit si difficile d'accès pour les hommes, des chevaux et des loups vivent côte à côte.










Sunday, February 24, 2013

Libres. I

Dominique Cuyvers

En 2006 à l’ occasion d’un entretien de Gestalt thérapie avec une petite fille, je suis sortie des quatre murs de mon cabinet pour aller saluer les chevaux au pré. La tendre rencontre de la petite Léane avec Phoebus mon étalon Appaloosa, a ouvert ce jour là une voie inédite dans ma pratique de psychothérapie individuelle. Depuis cette séance, ma relation aux chevaux s’est progressivement transformée et quelques années plus tard, j’emmène des humains suivre le troupeau dans ses errances nomades, sans programme précis nous observons les chevaux et les interactions, nous tentons d’honorer leurs choix … vaste programme! Les surprises et les découvertes sont infinies.


Le cheval est l’un des animaux qui semble avoir conclu une alliance avec l’humanité. J’ajoute tout de suite qu’il s’est fait avoir… Depuis des millénaires le cheval nous a aidés à porter nos fardeaux, à cultiver, à cheminer sur nos routes et même à guerroyer avec une remarquable endurance. Quelques précisions s’imposent pourtant, il nous a certes aidés, malheureusement au moyen de coercitions abusives et douloureuses à ses dépens. L’alliance qui lui a été imposée est plutôt un esclavage. Aujourd’hui nous lui infligeons nos sports et nos loisirs… pour le plaisir de qui?

J’ai récemment lu quelque part qu’en montant sur le dos d’un cheval nous lui empruntons la liberté. Le cheval représente souvent un symbole de liberté pour les cavaliers, les métaphores du centaure abondent. Pourtant, le cheval monté est-il libre ? Le cheval dans un pré clôturé est-il libre ? Le cheval au box, le cheval avec un mors dans la bouche et des fers aux pieds, le cheval harnaché, licolé, longé, monté et même entravé dans de grands espaces ouverts est-il libre ? Quelle est donc cette liberté que les cavaliers semblent trouver à monter un cheval qui ne l’est pas?

Dans un souci de cohérence et d’intégrité nous avons décidé il y a quelques années de rendre la liberté à nos chevaux, nous avons enlevé les clôtures des petits prés pour ouvrir un seul grand espace. Nous avons enlevé les selles, les brides, les mors, les rênes, même les licols et surtout les fers, nous avons ouvert les portes des box, sous le regard narquois des voisins détenteurs d’équidés de sport, qui ne comprennent pas à quoi ça sert d’avoir des chevaux si on n'en fait rien.


Dans la mesure de nos possibles nous offrons à notre petit troupeau une vie qui nous semble plus en accord avec sa nature. Nous avons opté de leur permettre de vivre ensemble, de tisser leurs liens sans intervenir, d’avoir des disputes et des amitiés particulières. Ils vivent sur une quinzaine d’hectares de coteaux, séparés par des haies et des bois de chênes, libres de favoriser les aliments selon leurs besoins et les saisons, de suivre les rythmes, circuits et règles de déambulations, guidés par  des lois qui nous échappent.

Dans ces conditions qu’aurions-nous à proposer qui pourrait intéresser un cheval? Quand je dis conditions je veux dire quand nous n’utilisons aucune coercition, pas de chantage par la nourriture, pas de cordes ni rond de longe ni clôtures, rien. Quand nous allons à leur rencontre nous n’avons rien dans les poches, les chevaux ont la possibilité de nous dire non, de refuser l’activité proposée (par nous), d’en proposer une autre, de s’en aller ou de rester, de participer ou pas…


C’est comment nous sommes là en présence qui détermine la suite. C’est ce «comment  je suis présente» qui suscite ou pas l’intérêt et la curiosité du cheval. Le cheval qui a l’expérience de la liberté et la possibilité de toujours choisir, se comporte très différemment en présence d’humains du cheval en détention et même du cheval libre qui a connu la détention dans son passé. Les poulains et pouliches nés ici sont les seuls qui osent dire non sans façon, osent mordre, osent jouer avec nous, osent confronter et osent s’exprimer à la manière cheval dans la langue cheval. Nous leur avons enseigné, en douceur, le minimum pour que la cohabitation soit possible : accepter un licol, marcher tranquilles en main et donner les pieds. Le reste, c’est eux qui nous l’enseignent. C’est à nous d’apprendre leur langue car c’est nous qui voulons quelque chose. 

Quand nous allons à leur rencontre de cette manière, les chevaux prennent des initiatives surprenantes selon notre état, parfois touchantes, parfois tendres ou parfois non. Leurs interventions sont toujours pertinentes même quand nous ne comprenons pas tout de suite.


Les chevaux semblent savoir des choses sur nous comme par exemple ou nous avons mal. La jument comtoise Reine a donné des coups de tête dans la poitrine de Félix pendant trois mois jusqu’à ce qu’il découvre un cancer du poumon. Le poulain Rocco a tiré sur le pantalon de Gitta avec insistance jusqu’à ce qu’elle nous dise qu’elle a eu les deux jambes cassées à cet endroit là et qu’elle pouvait difficilement descendre cette pente. Le hongre Kumbo a massé de sa puissante lèvre supérieure la nuque de Martine, exactement là ou elle était bloquée. La jument Balaïka a posé sa tête sur le cœur d’Alexis quand il s’est mis à pleurer. La vieille poulinière Fulka a délibérément quitté le troupeau pour parcourir d’une ligne droite 100 mètres, et a enserré entre sa tête et sa poitrine Maria qui pleurait discrètement à l’écart du groupe d’humains… 


Suite au prochain épisode...


Photos © Chris Tisserand